De la mort

Bonjour Pablo !

Quand j’étais enfant, notre institutrice nous a expliqué le calendrier. Les jours, les semaines, les mois. Alors qu’elle nous parlait de décembre et de l’hiver, j’ai dit : « on va rapetisser et on va tous mourir. »

Quelques heures plus tard, elle pleurait dans les jupes de ma mère.

Elle ne comprenait pas.

A 5 ans… parler de la mort…

J’en avais si peur que mon père me rassurait en me disant que la science nous offrirait l’immortalité.

J’en avais si peur que je la regardais de plus en plus près.

La mort.

Sujet de mon travail de fin d’études secondaires.

La mort.

Sujet de mon mémoire à l’université.

La mort.

Sujet de mon dernier spectacle.

La mort.

Sujet de mes chansons. 

Mais qu’est-ce que la mort ?

Dans l’Encyclopédie Philosophique Universelle, Durand nous dit :

« La mort est l’arrêt complet et irrésistible des fonctions vitales. Mais en bioéthique, la question de la détermination du moment de la mort se pose !

En 1966, l’Académie de Médecine en France, a arrêté un nouveau critère : l’arrêt de la fonction cérébrale. Le cerveau seul donne à l’homme sa réalité. »

Quant aux philosophes, ils se sont évidemment penchés sur la question.

Selon Montaigne, philosopher, c’est apprendre à mourir. « Pour Platon, la vie du sage est méditation de la mort. Mais qui dit méditation de la mort dit aussi, comme Spinoza, méditation de la vie. Chez Hegel, l’une est condition de l’autre et, pour Freud, la pulsion de mort, thanatos, acquiert une dimension positive sur la vie psychique de l’homme. »

Quant à moi, comme Camus, je la trouve absurde. Si elle n’était pas, nous aurions tout le temps de nous tromper et de recommencer. À cause d’elle, chaque erreur est fatale. Nous jouons aux dés tout le temps.

Pourtant, notre chance est d’être ici et maintenant, de pouvoir dire que nous n’en avons pas. De pouvoir expérimenter, à chaque seconde, d’explorer, de découvrir, d’apprendre, de grandir. 

Alors, les mots du Stoïcien Sénèque frappent juste : « Ce n’est pas que nous ayons peu de temps, c’est que nous en perdons beaucoup. »

« Quand tu te lèves le matin, pense au précieux privilège que tu as d’être vivant, de respirer, de penser, de sentir, de toucher et d’aimer », dit Marc-Aurèle, un autre Stoïcien, dans ses « Pensées pour moi-même ».

« Un homme ne devrait pas craindre de mourir, mais plutôt de ne jamais commencer à vivre », ajoute-t-il.

Nous passons notre temps à nous plaindre que nous en manquons. 

Nous disons NON trop souvent. Non je ne veux pas vivre comme ça. Non je n’veux pas mourir.

Sans doute devrions-nous dire OUI à ce qui est plutôt que NON à ce qui ne sera pas. 

Mais quel sens a tout ça. Pourquoi c’est si bon d’être là et si insupportable ? Pourquoi allons-nous crever comme des rats ?

Tentative de réponse.

Quand vous mangez du bon pain, vous mettez des miettes partout.

Après une bonne nuit de sommeil, votre bouche est pâteuse, votre haleine fétide. 

Il y a toujours une monnaie à rendre.

Comme si la mort était la contrepartie de la vie, la monnaie qu’elle nous rend. Nous n’avons pas la vie. Nous sommes la vie. La mort est notre contrepartie.

Elle ne s’empare pas de la vie. Elle ne nous prend pas. Elle ne nous fauche pas. 

C’est nous qui nous emparons d’elle. 

Elle est là depuis toujours : un néant parfait. RIEN. Puisque le néant ne peut pas être.

Je vous imagine… morts… de rire ☺

Nous, humains, nous avons peur de la mort qui est néant et qui donc n’est pas.

Nous avons peur de quelque chose qui n’existe pas ! Comme un enfant du Père Fouettard ☺ 

Je l’admets, le Père Fouettard, au moins, a St Nicolas !

La mort ne nous a rien demandé.

Nous surgissons tout d’un coup, comme ça. Nous les vivants, tous les vivants, nous surgissons du néant. Nous nous emparons d’elle. Pas l’inverse. Jamais l’inverse. Elle ne nous avait rien demandé et boum : nous sommes là ! 

Tonitruant, hurlant, jouant, pleurnichant, créant, gesticulant, nous rebellant, nous amusant, râlant, grelottant. Mais nous sommes là alors qu’elle ne l’est même pas !

Nous nous emparons d’elle. Nous la mettons au tapis. Pendant quelques secondes, ou quelques années, mais nous la mettons au tapis !

Nous gagnons à chaque fois !

Certes, elle nous gobe comme des œufs trop frais mais avant d’être gobé, l’œuf aura eu le bonheur indicible d’être un œuf !

Le charisme tient en 2 mots : la présence et le rythme.

L’homme charismatique est ici et maintenant. Complètement présent. Hic et nunc.

Le rythme… ce sont les ruptures. Donc des silences aussi.

Présence et silence.

Une vie charismatique, c’est pareil : de la présence et du rythme. De la présence et des ruptures. Présence et absence. Présence et silence.

Mon morceau de musique préféré est le concerto n°20 pour piano de Mozart. 

Pourrais-je l’écouter sans discontinuer ? Le concerto n°20 pour piano de Mozart en mouvement perpétuel dans mes oreilles ?

Sûrement pas.

L’ultime rupture de ce concerto est un ultime silence. Sans ce silence, pas de concerto. Pas de Fabian Delahaut transporté par Mozart.

Je vomirais Mozart !

Comme je vomirais une vie infinie.

La mort est un panier percé de l’extérieur. Elle nous voit jaillir comme des diables d’une boîte.

Bon d’accord, nous sommes des fulgurances. Des étoiles filantes.

Vous préférez quoi : être la nuit qui accueille l’étoile ou l’étoile qui jaillit dans la nuit ? 

La nuit a peu d’intérêt sans l’étoile. L’étoile ne brille que dans la nuit. Même morte, elle brille encore…

La monnaie que la mort nous rend, c’est nous. Nous les vivants.

Nous donnons presque du sens à son néant.

Comment, concrètement, s’en sortir ? Au-delà des mots, des théories parfois abracadabrantesques ? 

Mettre de moins en moins d’enjeu et de plus en plus de jeu.

Le jeu c’est léger.

Le jeu c’est joyeux.

Ce qui est lourd, c’est n’est pas ce qui est. C’est ce que notre mental projette !

Ne traînons nos sabots, dansons.

Montaigne dit encore : « Quand je dors, je dors, quand je danse, je danse. » Ici et maintenant donc. J’ajoute : « Quand je vis, je vis. »

C’est justement parce que la mort n’est rien de grave, que tout est jeu, légèreté. 

Ce qui nous manque, ce n’est pas l’immortalité. Ce qui nous manque c’est d’être légers, joyeux, libres pendant la vie et être libre, c’est… se détacher.

Comme une montgolfière dont on largue les amarres : elle s’envole quand plus rien ne la retient.

Le moment sera le bon…

Bon Vol avec les Aigles !

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