De la sagesse

Bonjour Pablo !

Es-tu sage, Pablo ?

Et d’abord, qu’est-ce que la sagesse ? Qu’est-ce qu’être sage ?

Du grec sophia et du latin sapientia, la sagesse signifie la connaissance. Pour Platon et Aristote, la sophia est le terme ultime de la connaissance.

Descartes et Leibniz vont aussi dans ce sens : le mot sagesse est relatif à la connaissance de toutes choses, pour conduire sa vie, conserver sa santé, et pour l’invention de tous les arts.

Quant au sens commun du mot sagesse, nous l’entendons le plus souvent tel que les Stoïciens et les Epicuriens le définissaient : se délivrer de ses craintes, de ses angoisses, de la mort, par la connaissance de la nature des choses.

On y revient : connaître pour être sage.

La sagesse devient alors la vertu de celui que rien n’affecte, qui maîtrise ses sentiments, ses passions.

Il s’agit de la pratique de l’ataraxie, du grec ataraxia. Absence d’agitation, paix de l’âme, tranquillité de l’esprit.

Épicure faisait bombance… avec un morceau de fromage ! Un quignon de pain et un peu d’eau suffisaient. Il distinguait les désirs naturels et nécessaires comme s’alimenter ou dormir, des désirs naturels mais non nécessaires, comme la sexualité, des désirs ni naturels ni nécessaires. Les honneurs par exemple. La gloire.

Il se retourne sûrement dans sa tombe chaque fois que quelqu’un se déclare épicurien, donc jouisseur sans mesure et sans entrave. Ce quelqu’un doit confondre l’épicurisme avec l’hédonisme, doctrine qui définit le plaisir comme souverain bien de l’homme.

Plus près de nous, beaucoup plus près (!), André Comte Sponville livre une savoureuse définition du sage.

« Le sage, dit-il, regrette un peu moins, espère un peu moins, et aime un peu plus. »

Explorons son propos.

Regretter un peu moins, c’est ne pas se repaître du passé. Vaine attitude.

Espérer un peu moins, c’est éviter l’attente qui, le plus souvent, est passive, déçue, et mène à la tristesse.

La béatitude n’est pas là. Elle est dans l’ici, dans le maintenant, dans l’amour de ce qui est. Aimer un peu plus donc. Amor fati dirait Nietzsche, je l’ai déjà cité à ce micro.

Ainsi, la sagesse serait avant tout connaissance. Sapere aude dit Kant, empruntant la formule à Horace : ose savoir.

Le sens commun renvoie donc à l’ascétisme tel que pratiqué par les stoïciens, les épicuriens, toute une tradition dans la Grèce Antique.

De l’enfant sage, on dira qu’il l’est comme une image. Il y a aussi le fameux : « Qu’est-ce qu’il est sage, on ne l’entend pas ! » Et chacun de s’en enorgueillir. 

Immobile, l’enfant sage se garde bien de pleurer, de crier.

L’enfant pas sage veut tout tout de suite. Il veut le monde. Il en est le centre. Il est presque incontrôlable. Je vous rassure, cela m’ennuie aussi. 

Mais à y bien songer, l’enfant sage est comme le citoyen sage… et ignorant. Le gouvernant s’en frotte les mains. Pas de rébellion. 

Alors oui : approfondissons nos connaissances. Libérons-nous en devenant des sachants. Libérons-nous de notre déterminisme par la connaissance, ajouterait sans doute Spinoza. Savoir que l’on n’est pas libre, c’est le devenir un peu. 

Pour ce qui me concerne, augmenter mon savoir est une réelle priorité. La connaissance, telle est mon hypothèse, est notre plus grande richesse.

L’ascétisme, l’ataraxie, l’absence de trouble, ne m’intéressent guère. Ou peu.

Je veux aimer plus, comme Comte Sponville, embrasser la vie et le monde.

Je veux du vent, de la grêle, des tempêtes, des pics, des creux, des folies, des brûlures, du repos, de l’ennui, du noir et du gris. Je veux un corps chahuté qui existe pleinement et me le fait savoir. Un cerveau en ébullition. Des émotions. Toutes les émotions. Car toutes sont bonnes. Toutes ont une fonction. Je veux des autoroutes et des pistes de sable, des repas pantagruéliques et des jeunes intermittents, des bains d’eau tiède et des douches glacées, des sommeils et des nuits de veille. Des clartés et des noirceurs. Des aurores boréales, des trèfles à quatre feuilles, toutes les couleurs des arcs-en-ciel. 

Je veux jouir.

Il n’est que temps de jouir. 

Engloutissons l’air qui nous entoure. Célébrons la terre et le soleil, la mer et le sel, chaque saison, chaque instant. 

Réussir sa vie, ça doit être cela : réussir l’instant. Puis l’instant. Puis l’instant. 

« Les raisonnables ont duré, a dit Chamfort, les passionnés, ont vécu. »

Et si nous étions déraisonnables ?

Et si les vrais fous étaient justement ceux qui ne le sont pas ?

Et si les vrais sages étaient justement ceux qui ne le sont pas ?

 

Bon Vol avec les Aigles, les amis. Bon Vol sur les cimes où seuls nous dansons.

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