De l’identité

Bonjour Pablo !

« Je veux être authentique et aligné, en accord avec mes valeurs, mon identité propre. » 

Ces mots, vous les avez déjà entendus. Peut-être proférés. Moi aussi.

Et si nous les employions parfois à tort, parfois à travers. De travers. Sans vraiment réfléchir à leur sens, à ce qu’ils nous dictent, voire nous asservissent.

Ayons d’abord recours à l’étymologie, souvent éclairante.

« Authenticité : provient du latin « authenticus » qui provient lui-même du grec ancien                      « authentikós » qui correspond à : se détermine par sa propre autorité.

Alignement : Cette expression fait référence à la construction d’un mur effectuée en faisant constamment usage du cordeau. Elle est composée du mot “dresser”, utilisé au sens de “tirer un mur, le construire”, et de la locution “d’alignement”, le cordeau étant un outil d’alignement.

Identité : Emprunté du bas latin identitas, « qualité de ce qui est le même », dérivé du latin classique idem, « le même ». »

Et vous ?

Voulez-vous vous déterminer par votre propre autorité ? Sans tenir compte du monde qui vous entoure ? Voulez-vous être aussi rigide et froid qu’un mur ? Voulez-vous rester « le même », quelles que soient les circonstances ? Sans adaptation à l’autre, au contexte, au changement. Permanent. Héraclite, selon sa célèbre formule, dirait qu’un homme ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve. J’ajoute que ce n’est jamais le même homme qui se baigne toujours dans un fleuve différent et qu’il adapte sûrement sa nage aux différents courants.

Voyons maintenant ce qu’en disent les philosophes et, une fois n’est pas coutume, donnons la première parole à un contemporain, Harmut Rosa, sociologue et philosophe allemand. 

C’est dans un numéro de Philosophie Magazine, dont je m’inspire parfois, les auditeurs fidèles l’auront remarqué, qu’il cite Bourdieu. Il a bien montré, explique Rosa, qu’il y a  «  une part d’imitation et de pression sociale dans les jugements de goût. »

Vous avez dit authenticité ?

« Nos idées et nos principes doivent s’adapter, dit Rosa. Sans quoi nous devenons une personne morte ou fanatique… ou disons peu agréable.

Quant à l’authenticité, elle signifie non seulement décider sans contrainte extérieure mais aussi choisir ce qui est bon pour moi, ce qui me correspond. » 

Quid de notre altruisme ? Quid de notre condition sociale, de notre rapport à l’autre ?

« Le problème avec l’authenticité, dit encore Rosa, est qu’elle renvoie à un noyau interne, à une identité à laquelle je dois être fidèle. Or une telle identité n’existe pas. Nous sommes des personnes différentes selon les contextes et à travers le temps. » 

Jean-Paul Sartre l’illustre bien dans « L’être et le néant » quand il évoque le garçon de café qui joue à être garçon de café, qui reste fidèle à son identité de garçon de café.

Je le cite : « Considérons ce garçon de café. Il a le geste vif et appuyé, un peu trop précis, un peu trop rapide, il vient vers les consommateurs d’un pas un peu trop vif, il s’incline avec un peu trop d’empressement, sa voix, ses yeux expriment un intérêt un peu trop plein de sollicitude pour la commande du client, enfin le voilà qui revient, en essayant d’imiter dans sa démarche la rigueur inflexible d’on ne sait quel automate tout en portant son plateau avec une sorte de témérité de funambule, en le mettant dans un équilibre perpétuellement instable et perpétuellement rompu, qu’il rétablit perpétuellement d’un mouvement léger du bras et de la main. »

Jouer à être qui on est censé être. Rester fidèle à l’image que l’on renvoie. À l’image que l’on veut renvoyer. 

Jouer différents rôles et renvoyer différentes images ?

Et vous ? Jouez-vous l’image de la mère ? Du fils ? De l’amie ? Du collègue ?

Vous avez dit authenticité ? Vous avez dit identité ?

« Être sans cesse en contradiction avec soi n’est pas tenable, reprend Harmut Rosa, mais l’harmonie complète n’est pas possible non plus. C’est le pont tendu entre la contradiction et l’accord qui donne de la valeur à la vie et la fait résonner.

Nous avançons avec une armure. Nous ne nous livrons jamais totalement.

De même, dans une relation de couple, vous ne pouvez jamais savoir si vous connaissez parfaitement votre partenaire, même si vous êtes mariés depuis longtemps, ou s’il pourrait vous quitter. Si vous pensez tout savoir, c’est que la relation est éteinte. 

Selon Emerson, avoir confiance en soi consiste à être pleinement soi en chaque instant, quitte à se montrer incohérent sur la durée. »

Soyons pleinement nous, les amis !

Bon Vol avec les Aigles !

 

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